
Avant d’aborder le sujet de cet article, une petite digression pour analyser l’évolution du ferrofluide précédent (celui à base d’encre):
Comme le montre cette photo, après quelques jours de repos, la poudre s’est déposée au font du récipient et l’huile surnage. Le précipité noir est pâteux comme du miel. J’ai purgé un centimètre d’huile et j’ai mélangé énergiquement. Apparemment, il n’y a pas eu de formation de grumeaux ni d’agrégats néfastes à la fluidité de l’ensemble. En effet, j’obtiens sensiblement les mêmes résultats que lors des essais précédents.
Passons à notre nouvel essai: a réalisation de ferrofluides à base de chlorure de fer et de sulfate de fer. Le préparateur de l’université nous a aimablement donné quelques grammes des précieux réactifs (FeCl3 et FeSO4) afin que nous puissions tester la manipulation avant d’acheter de plus grandes quantités de produits.
Naturellement, le principal ennui de “la chimie à la maison” c’est le manque de matériel. À commencer par l’outil de base de tout laboratoire: une balance efficace. Toute la méthode qui suit ferait rigoler un gamin de 1ère secondaire et me couvrirait de honte devant n’importe quel chimiste sérieux, mais j’avais vraiment envie d’essayer et ai tenté de me débrouiller avec les moyens du bord.
Un second problème est que les sels en question ne sont pas anhydres. Ainsi, sur les bouteilles du labo, le FeCl3 est désigné par FeCl3. 6 H20. Par contre le FeSO4 n’est pas considéré sur l’étiquette comme hydraté, cependant on lit sur Wikipédia:
Also known as ferrous sulfate (or ferrous sulphate), iron(II) sulfate is most commonly encountered as the heptahydrate, blue-green color.
Or mes cristaux sont précisément de blue-green color! j’ai donc considéré que le FeSO4 était en fait du FeSO4. 7 H20. J’ignore si cette hypothèse est correcte. Edit: OK cette hypothèse est correcte, j’ai vérifié sur l’étiquette du pot au labo.
On a donc:
FeCl3: 162g/mole
FeCl3. 6 H20: 270g/mole
FeSO4: 152g/mole
FeSO4: 7 H20: 278g/mole
Il s’agit maintenant de peser convenablement sans balance hum… Pour cela, j’ai utilisé des petits sachets de sucre contenant 5g chacun. Connaissant le rapport de la masse molaire du sucre et celle de mes produits (sucre/sels de fer = 2/3), il ne me reste plus qu’à remplir convenablement…[On ne se moque pas! Les dons pour m'acheter une balance sont les bienvenus!]
Le sachet de sucre, le FeSO4 (vert) et le FeCl3 (orange):



J’ai donc dissout successivement les deux réactifs dans 400ml l’eau distillée, puis ai ajouté la base goutte à goutte.
Ah la base! Mon troisième problème! En effet, je dispose d’hydroxyde d’ammonium et d’hydroxyde de sodium achetés dans une quincaillerie. Leur étiquette n’indique donc pas une concentration en moles/litres mais en %. Mais en % de quoi? En masse? En volume? En moles?
Bref j’ai ajouté “jusqu’à ce que ça n’ait plus l’air de réagir”… Soit 12 cuillers à café de NaOH d’un côté et 12 cuillers de NH4OH de l’autre (je n’ai pas de quoi mesurer les petits volumes non plus). D’un côté comme de l’autre, dès qu’une goutte de base touche la solution, des taches noires apparaissent immédiatement: les oxydes de fer précipitent donc instantanément. J’ajoute la base sur 5 minutes environ, en remuant la solution à l’aide d’une cuiller en inox.



Après l’ajout, je laisse décanter une heure puis je purge d’eau excédentaire. Il reste à ajouter le surfactant: les modops conseillent l’hydroxyde de tétraméthylammonium ((CH3)4OH). Naturellement, je n’en n’ai pas et j’utilise donc de l’acide oléique par l’intermédiaire d’huile d’arachide.
Extrait Wikipédia:
La composition en acides gras de l’huile d’arachide utilisée pour l’alimentation humaine est la suivante (en pourcentage massique par ordre décroissant, variation suivant provenance)1 :
* Acide oléique (C18:1 ω-9 monoinsaturé) : 35 – 72 %
* Acide linoléique (C18:2 ω-6 polyinsaturé) : 13 – 43 %
* Acide palmitique (C16:0 saturé) : 7 – 16 %
* Acide stéarique (C18:0 saturé) : 1.3 – 6.5 %
* Acide béhénique (C22:0 saturé) : 1.0 – 5.0 %
* Acide arachidique (C20:0 saturé) : 0.5 – 3 %
* Acide lignocérique (C24:0 saturé) : 0.5 – 3 %
* Acide gadoléique (C20:1 ω-9 monoinsaturé) : 0.5 – 2.1 %
* Acide α-linolénique (ALA) (C18:3 ω-3 polyinsaturé) : < 0.6 %
* acide érucique (C22:1 monoinsaturé) : < 0.5 %
Le principal ennui est que l’huile ne se mélange pas avec la solution aqueuse qui contient le ferrofluide et c’est après une agitation énergique que j’arrive à obtenir un fluide homogène.
Vient le moment fatidique du test à l’aimant. C’est là que – oh cuisante défaite – j’observe un résultat encore plus ridicule qu’avec l’encre d’imprimante! Mais bon, soyons réalistes, vu la précision de la manipulation, un succès aurait relevé du miracle… L’étape de la précipitation des oxydes est notamment cruciale: si la solution n’a pas la bonne concentration en Fe (II) et en Fe (III), on précipite du FeO et du Fe2O3 mais pas de Fe3O4!